Algérie nous n’étions pas volontaires (1954-1962)

Algérie, nous n'étions pas volontaires from Benedyct Antifer on Vimeo.

Algeria we were not volonteers (1954-1962) – See below for english version

Nous n’en avons pas fini avec la guerre d’Algérie.

50 ans après les accords d’Evian c’est une mémoire toujours difficile d’accès, toujours enfouie, une prise de parole qui ne se fait pas sans difficulté chez la majorité des personnes qui ont vécu ces événements.

Comme tous les enfants j’ai grandi avec les albums photos de la famille. Dans ces albums il y avait deux albums en cuir avec des palmiers et des chameaux. Dans ces albums des photos de mon père dans un paysage rocailleux, une arme à la main, avec son chien, ou encore avec d’autres jeunes gens eux aussi torse nu ou en treillis.

J’ai grandi avec ces images, mon père parlant peu de ce qu’il nommait la guerre d’Algérie mais qui ne faisait pas encore sens pour moi. Jusqu’au jour où adulte en regardant une photo de mon père, je me suis vu, projeté à 20 ans dans un conflit armé, sans comprendre vraiment ce qui m’arrivait.

Comment fait-on face à cela ? Au fait d’avoir 20 ans, une vie à vivre et de se retrouver du jour au lendemain loin des siens, une arme à la main à faire la guerre.

La question n’a jamais cessé de se poser à travers l’histoire et elle se pose encore aujourd’hui dans nombre de conflits.

La Guerre d’Algérie a structuré qu’on le veuille ou non le visage de la France d’aujourd’hui, les cicatrices sont toujours là, profondes et ne cessent de se rappeler à nous.

L’axe de ce projet photographique est d’interroger celui ou celle qui regarde ces images sur ce qu’a pu être pour un jeune d’une vingtaine d’années ce conflit, cette Guerre. De se rendre compte qu’entre celui qui est sur la vieille photo jaunie et celui qui la tient des années se sont dressées, mais que la mémoire reste vive et la souffrance parfois aussi. C’est pourquoi les appelés sont photographiés avec des documents qu’ils ont gardés de cette période (feuille d’incorporation, photos personnelles, médaille, etc.), volonté d’inscrire ces souvenirs dans le concret. La discussion autour de cette mémoire est également enregistrée afin d’une part de garder cette mémoire intacte mais également afin d’éviter toute erreur de retranscription.

« Ah l’Algérie cette terre où les barbelés sont rois. Guerre de barbelés. L’Algérie est, ou a été, un vaste camp de concentration où les barbelés s’étirent et s’enchevêtrent comme la toile d’une monstrueuse araignée. Barbelés autour des postes, chevaux de frise dans les rues, barbelés de chaque côté de la voie ferrée, barbelés tout le long des frontières, barbelés dans les coeurs. » Francis C. correspondance personnelle.

L'objectif est avant tout de documenter, d’interroger la mémoire, leurs mémoires d’appelés, et à travers elle bien sûr, celle de mon père.

Je pars du postulat que cette mémoire n’a pas à être jugée mais transmise.

Les événements de la Guerre d’Algérie ne cessent d’être interrogés, questionnés, pour être de mieux en mieux compris. Mais encore une fois l’histoire n’est rien sans les Hommes, sans leur mémoire.

A ceux que j’ai rencontrés et qui m’ont opposé le fait que leur témoignage « n’intéresse personne, puisque dans leur propre famille tout le monde s’en fout » j’affirme que c’est faux.

Il est nécessaire de transmettre, il est nécessaire de se souvenir, car les enfants et petits enfants des appelés ont besoin de comprendre, c’est ma conviction.

Témoignez pour que l’on sache et pour que l’on comprenne.

N’hésitez pas à me contacter si vous connaissez une personne susceptible d’être intéressée par ce projet.

NB: il est vrai que ce projet a connu de nombreux soubresauts, rythmé par les rencontres avec les appelés. Souvent par bienveillance je me suis fait malmener, avec pour conséquence de devoir repenser la façon d’aborder cette question, parfois jusqu’à la limite de l’interruption définitive du projet. Loin d’avoir envie de m’arrêter, je suis reconnaissant à ces personnes de m’avoir donné d’autres angles d’attaque et de m’avoir permis de remettre ce projet sur les rails.

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The Algerian War is not over.

As every war It never leaves veteran’s memory especially conscripts who were 20 years old when they went to Algeria.

50 years after the Evian agreements memory is still difficult to access, still buried. Talking of the life of young conscripts is something still painfull for the majority of people who have experienced these events.

Like a lot of children I grew up with the family’s photo albums. Two albums were made from the leather and with drawings of palms and camels. In these albums there are some pictures of my father holding a gun in a rocky landscape, a dog sitting near him, and a lot of other pictures of my father with other young men who were also topless or in the military suits.

I grew up with these pictures, but my father didn’t spoke a lot of what he called the Algerian War. At this time i was of course unable to understand. Until the day i saw myself in one of the picture of my father. Then came the questions : how should i’ve been able to deal with this at 20 ? Being thrown in a foreign country with a gun in my hand for making war.

This kind of question is the same for every generation going on with the war memories, or simply with the war.

You may agree or not but the Algerian War made the face of today’s France. The scars are still here, deep and untold and never cease to remind us what was done to a generation.

For this project i wanted people who look these pictures to ask themselves « what should it mean to have 20 and being a part of this conflict ». I want people to realize that between the young man they see at the foreground and the old one at the background there is memory. It’s a vivid memory and sometimes it’s very painfull. This is why conscripts are photographed with the documents they kept from this period (incorporation sheet, personal photos, medals, etc.). It is important to understand how real is this remembrance. I also interview concript in order to keep this memory intact and also to avoid transcription errors.

The core of this project is to document, to examine memory, the conscripts’ memory, and through it, of course, understand my father’s one.

In this project i claim that the memory doesn’t have to be judged, it has to be passed by.

The events of the Algerian War continue to be interviewed, questioned, for better understanding. But again the history is nothing without man, without his memory.

It’s important to testify for nowdays knowledge and our understanding, it’s also important for the next generations.


Topic: Personal Projects