Itinérances 1999-2012

Itinérances 1999-2012 - B&W Memories from Benedyct Antifer on Vimeo.

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L’itinérance professionnelle porte en elle la genèse de multiples thématiques. Morceaux de solitudes, villes/visages vite croisés, poussière d’hôtels ou hôtels de poussière, gares et aéroports, transports d’indifférences, embouteillage de partances, il s’agit ici d’examiner l’absence et la perte de repères.

« Itinérances » est une série commencée il y a treize ans. Au départ il ne s’agissait que d’un simple carnet de route photographique illustrant des déplacements professionnels, et puis au fil du temps c’est devenu quelque chose de plus profond, quelque chose de plus dense. Non seulement par l’accumulation des clichés mais par la compréhension du fait que cette itinérance professionnelle n’avait pas de but. Il ne s’agissait pas ici de trouver le « lieu acceptable » dont parle si bien Raymond Depardon dans Errances, il s’agissait ici de passer d’un endroit à l’autre par contrainte. Et dans cette contrainte au nomadisme, de comprendre ce qu’elle pouvait engendrer de sentiments, positifs ou négatifs, de la subir, de la souffrir, de s’en libérer et de l’illustrer. De donner à voir ce que j’appelle une radiographie d’une certaine forme de nomadité professionnelle imposée et stérile.

Trois axes se sont télescopés au départ et continuent de cohabiter de manière plus ou moins sereine:

  • le mouvement, en tant qu’acte de déplacement physique quel qu’en soit le mode, l’acte d’itinérance en lui-même
  • l’attente, qu’elle soit celle du moyen de transport ou celle des hôtels, elle participe de l’itinérance, en est le caractère intime
  • le croisement, qu’il s’agisse de lieux, de vies, de personnes, c’est le cadre dans lequel s’inscrit l’itinérance

A l’heure où l’on vante les mérites des accessoires (téléphones, clés 3G, tablettes, etc.) des nouveaux nomades comme on les nomme, nous tendons à oublier que le terme « nomade » désigne une population ne disposant pas de résidence et se déplaçant selon les besoins. Or, les nouveaux nomades, ceux que je croise dans les gares, les aéroports et les hôtels, mes cousins, mes frères et sœurs de voyage, ont une résidence, un chez eux, une famille pour la plupart. L’acte d’itinérance n’a alors rien de naturel, il est imposé par la force de la société et des impératifs économiques.

Au final « Itinérances » devient une histoire. Elle a son départ, son cheminement, ses questionnements, ses fantasmes et sa perte de repère. Comme toute série elle a évolué, elle en a eu le temps. Les images d’ « Itinérances » reflètent de plus en plus ce flou du déplacement, le soir, cette errance où plus rien ne semble clair, où tout se mélange, autres villes, croisements, souvenirs, absences. La série illustre pour moi ce nomadisme solitaire, ces errances et croisements, ces interminables attentes dans les aéroports, les gares, les stations de métro ou de taxis et finalement les chambres d’hôtels.

L’itinérance c’est l’absence de soi , l’absence à soi et aux autres, c’est effleurer une certaine forme du vide.

Cette série est désormais achevée sous cette forme, elle a pris fin le 16/05/2012.

Itinérances - Colors Memories from Benedyct Antifer on Vimeo.

With a Minox 35 GT camera in my pocket and a few rolls of Ilford HP5 i began to shoot my professional moving. At the beginning it was nothing more than a simple diary of the days of work and the shooting of places i should come in again and again. During this time i used Ricoh, Sony and finaly a Canon G12 as a camera. But no matter is the camera, the subject remains the same.

« Itinérance » is the story of professional roaming, some kind of x-ray of unnatural nomad’s way of life.

Professional roaming finally took a lot of myself, a lot of my life and a lot of my mental health. But it also gave me some precious moments such as unbelievable encounters, faces, friends and the opportunity to access some places and objects that few people can see in the great places which are the museums. With pictures i’ve made for « Itinérances » and questions that surrounded me, haunted me, i finally came to the point that a part of me needed this roaming. There is no place in roaming, no space, no need, just an internal space for yourself where you are finally feel so good. It is a kind of homelessness, just moving, waiting, being in hotel rooms, you are in your own private vacuum.

Pictures you are facing tell stories of the people paths I’ve crossed with, sometimes with a common brief moment of understanding, sometimes not. People themselves in the act of moving, of going somewhere, people in their own loneliness. It’s a part of today’s humanity, simply.

This roaming changed my way of making pictures. Somehow roaming educated me to get a shot which is what I expected on this kind of subject. I learned about my own way of making pictures and finally perhaps I found it.

The series ended on 16/05/2012.

Topic: Personal Projects